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De la vie à la vie

Un petit texte que je trouve sophistiqué, profond, mais beau et sentimental en même temps. Un auteur inconnu (temporairement).
De la vie à la vie
Il est dans l’ordre de la vie de ne pouvoir se suffire à elle-même quant à sa croissance ou son dynamisme propre. La vie est en elle-même un mouvement qui ne cesse [...]

Un petit texte que je trouve sophistiqué, profond, mais beau et sentimental en même temps. Un auteur inconnu (temporairement).

De la vie à la vie

Il est dans l’ordre de la vie de ne pouvoir se suffire à elle-même quant à sa croissance ou son dynamisme propre. La vie est en elle-même un mouvement qui ne cesse d’organiser et réorganiser les éléments physiques, psychiques (et spirituels, s’agissant de l’humain) qui la composent. Cette constante réorganisation interne, laquelle donne progressivement sa forme au vivant, ne se fait et ne peut se faire qu’au contact du milieu extérieur. C’est dire l’importance vitale de « l’échange » du vivant avec ce dernier. L’importance vitale du couplage « vivant-milieu ».

Une première conséquence s’impose : la vie d’un être humain n’est possible, dans son déploiement propre, que si elle est accueillie telle qu’elle entend se développer par elle-même. Cet accueil n’est pas seulement question de disposition pratique ou de bonnes conditions matérielles ou physiques. Il touche surtout le domaine de la relation, et tout spécialement il touche à ces relations électives qui, dans leur durée, structurent une personnalité. Pensons à cette relation élective de l’enfant à sa mère. Pensons à l’accueil du père et du couple parent dans son unité. Pensons à l’accueil de la famille, de la fratrie. Pensons à toute personne qui aura une influence éducative ou peut-être thérapeutique vis-à-vis de cet enfant. Pensons aux amis véritables, à ceux et à celles avec qui l’enfant, le sujet, entrera en relation d’attachement affectif forte.

Le couplage « vivant-milieu » nous révèle que l’humain a constamment besoin, pour que se déploie grandement son dynamisme de vie, d’être accueilli au sein d’une relation qui le respecte sans exigence oppressive, c’est-à-dire en rapport avec ce qu’il perçoit de ses possibilités et de ses attentes. Cette relation va normalement évoluer dans le temps, quant à sa forme et quant au nombre et à la qualité de ses protagonistes. Mais elle demeure toujours vitale.

Comme l’humain n’est pas seulement une personne physique et psychique mais aussi une personne spirituelle, la relation dont il est question n’est pas quelconque, mais se fonde sur la manifestation, même minime et intermittente, d’un amour authentique, volontaire, et bien sûr adapté au milieu relationnel concerné. Un amour maternel est à distinguer, dans sa forme et la fécondité, d’un amour paternel, ou filial, ou fraternel, ou d’amitié. Mais il s’agit toujours d’une relation d’amour où la notion d’accueil de l’autre vivant se traduit en termes de don de soi et non d’imposition, d’égoïsme ou de domination. Vie et don de soi sont indissociables.

Il est donc dans l’ordre de la vie humaine d’avoir besoin d’être accueillie, mais d’une certaine manière, laquelle exclut toute sélection initiale, toute forme d’irrespect, et même toute ignorance quant à la qualité de cette vie. Cette exigence n’est pas une option, elle est inhérente à la vérité quant à la vie elle-même, vérité qui met en relief sa fragilité intrinsèque. Ainsi la vie n’est pas plus fragile chez certains que chez d’autres, pas plus chez un grand malade que chez un bien portant. Elle est fragile en soi, chez tout humain, car en quête légitime d’être accueillie. Cet accueil est « ontologiquement requis », requis du point de vue « l’être unique » en tant que tel, à tous les stades de développement d’une vie.

Cependant, qui dit couplage dit échange, et donc réciprocité. De quoi s’agit-il alors ? Là, la véritable notion de vie prend une allure bouleversante : un être humain a besoin d’être accueilli parce qu’il a quelque chose à donner. Ce quelque chose n’est pas d’abord lié aux aptitudes affectives ou intellectuelles qu’il acquerra et pourra mettre au  service de sa famille, de ses amis, de la société, de l’humanité. Il faut voir plus haut et plus grand. Ce que ce vivant , dont l’existence peur être amoindrie par la misère, le handicap, la détresse, peut communiquer autour de lui est de l’ordre de la vie elle-même. Un humain accueilli dans l’esprit de cet échange vivant-milieu va, par lui-même, spontanément, souvent inconsciemment, activer dans son entourage, voire plus loin encore par son rayonnement, un dynamisme de vie qui pourrait manquer ici ou là. La vie répond à la vie ! Ou, autrement formulé : le « bon » accueil d’une vie…fait vivre et l’accueilli et l’accueillant.

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